Avons-nous encore un gouvernement au Bénin ?
Propos d’un enseignant à l’Université d’Abomey-Calavi au mois de janvier 2010 : ‘‘La grève continue, et nous sommes à un point de non-retour. Nous nous acheminons vers l’année blanche si le gouvernement ne cède pas.’’...
Propos qu’aurait tenus le Chef de l’Etat au mois de janvier 2010 : ‘‘Vous pouvez marcher jusqu’aux sables du Sahara. Je suis un cabri mort. Je n’ai plus peur du couteau.’’ Il s’adressait, dit-on, à des syndicalistes. Propos à lui attribués sans qu’il les ait vraiment dits ? Possible. Car nous ne saurions garder un président de la République cabri mort. Mais alors il doit y avoir des raisons vérifiables pour que l’inconscient collectif prête au Chef de l’Etat des propos dans le genre ‘‘faites ce que vous voulez, je m’en balance’’. Pas très présidentiel.
Des raisons vérifiables ? Oui ! Voici des mois que des secteurs entiers de la Fonction publique sont en grève sans que le gouvernement s’en émeuve, du moins en apparence. Dans la réalité en tout cas, aucune négociation alors que le devoir du gouvernement en pareille situation, c’est de négocier et de négocier encore pour éviter tout blocage à long terme. Le gouvernement s’accommoderait-il du blocage à long terme d’une partie du pays, au risque du blocage de tout le pays ?
Est particulièrement préoccupant le cas de l’université. Une année académique blanche ou validée en dépit du calendrier académique, c’est le pays qui est bâclé, c’est son avenir qui est bachoté, pour autant qu’un pays ne se développe pas à coups d’ouvriers spécialisés ou de ‘‘zémidjanmen’’ improvisés.
Alors pourquoi le gouvernement reste-t-il coi comme si tout cela ne le regardait pas ? Se sent-il encore responsable de nous ? S’il ne prend pas la situation à bras le corps, qui d’autre le fera ? Il est vrai que c’est un gouvernement un peu bizarre, un peu bidon, falot et fayot, où l’homme qu’il faut n’est pas nécessairement à la place qu’il faut. Incompétence donc et cafouillage. Et des ‘‘oui, M. le Président’’ dans le vide à seule fin de rester ministre le plus longtemps possible. Une démission collective est envisageable pour permettre au Chef de l’Etat de mettre une autre équipe en place. Mais encore faudrait-il que lui-même ne prête pas le flanc à cabri mort.
En tout cas, en ce temps des grèves sans écho et sans réaction du gouvernement, notre gouvernement n’en est plus un. Du moins se pose aujourd’hui la question grave de savoir si nous avons encore un gouvernement.
Source: Quoditien Nouvelle Expression Écrit par Paul Emile da Silva
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