Dans la soirée d’hier à la présidence de la République, la Société civile à l’instar des institutions de la République, de l’Association nationale des communes du Bénin (Ancb) et de l’armée a présenté ses voeux de nouvel an au chef de l’Etat, le Dr Boni Yayi. Mais plus qu’un vœu, la société civile dans l’allocution lue par sa représentante, la présidente de Wildaf Bénin, Geneviève Boko Nadjo n’est pas allée par quatre chemins pour relever des dysfonctionnements dans la gestion politique et socio économique du gouvernement en place. Lire ci-dessous l’allocution de la société civile.
Depuis votre avènement à la tête de l’Etat béninois, il y a environ quatre ans, vous avez constamment reconnu et réaffirmé trois rôles fondamentaux à la société civile dans toutes ses composantes à savoir :
la société civile favorise la participation des citoyens à la vie publique
la société civile exécute des programmes et des opérations de développement
la société civile milite pour le renforcement de certains groupes et pour les droits humains de la personne.
Au sein des acteurs de la société civile béninoise, nous en avons pleinement conscience et nous nous engageons M. le président à jouer ces rôles avec plus de professionnalisme pour des actions de développement durables dans notre pays, le Bénin.
Excellence M. le président de la République,
Les diverses composantes de la société civile voudraient par la voix de ma modeste personne vous renouveler leurs sincères remerciements pour les actions concrètes posées par votre gouvernement pour une restructuration de la sphère sociale. Nous voulons citer entre autres, le séminaire de recentrage du concept de la société civile, le forum des têtes couronnées du Bénin et le forum des confessions religieuses. Autant d’initiatives qui démontrent votre attachement au dialogue, à la paix sociale sur la terre de nos aïeux. Seulement M. le président de la République, force est de constater qu’au terme de ces diverses assises, les différents comités de suivi mis en place se sentent abandonnés par votre gouvernement dans la mise en oeuvre des résolutions et des recommandations issues de ces fora, notamment en ce qui concerne les moyens financiers et les moyens matériels à mettre en place. Le comité de suivi sur le recentrage du concept de la société civile au Bénin se sent tout particulièrement victime de cet abandon. En effet, si le Mcri n’a pas daigné doter le comité national de suivi ne serait-ce que de papier rame depuis près de 3 ans qu’il existe, il s’est par contre illustré dans le cadre de la validation de la charte nationale des Osc du Bénin, en s’engageant à appuyer le comité national de suivi pour un montant de la bagatelle somme de 5 millions de Fcfa. Fort de cet engagement, des contrats de service ont été signés avec différents fournisseurs. Ces derniers sont malheureusement restés impayés à ce jour. De même, c’est avec regret que le comité national de suivi constate que les structures déconcentrées du Mcri ont tendance à fouler aux pieds les recommandations du séminaire national de recentrage en appuyant la mise en place parallèle des cadres de concertation créant ainsi, une situation de confusion totale. Ce comportement des structures déconcentrées du Mcri a été à l’origine de la situation conflictuelle qui caractérise la désignation du représentant de la société civile à la Cps-Lépi. A ce sujet, les Osc béninoises restent et demeurent surprises de la position de votre gouvernement qui, tacitement a donné raison à un camp contre l’autre mettant ainsi en doute sa neutralité dans le processus de la réorganisation de la société civile béninoise.
Toutefois M. le président, nous ne désespérons pas de voir ces problèmes solutionnés dans un esprit de convivialité et de responsabilité partagée. Aussi, excellence M. le président de la République, nous en appelons à votre vigilance et à votre détermination pour que les divers comités de suivi puissent être dotés de moyens adéquats pour conduire à terme leur chantier afin d’éviter à l’avenir, que la société civile béninoise ne se mette en spectacle désolant à chaque veille d’une échéance électorale. Il y va de l’intérêt et de la dignité de la Nation béninoise (...) Acte historique que votre gouvernement, sous votre haute impulsion a eu à poser au cours de l’année 2009 en subventionnant certaines tâches, en regardant aussi du côté des autres composantes de la société civile qui espèrent toujours une action venant de votre gouvernement pour le renforcement de leur capacité technique et institutionnelle. Par ailleurs pour l’année 2009, on se réjouit de l’organisation réussie du pèlerinage à la Mecque, de l’inscription au budget 2010, des ressources à transférer aux communes, de la nouvelle politique de gestion de nos frontières faite de leur matérialisation, de la création M. le président de la République de l’institut de la femme. Votre attention toute particulière afin que la femme béninoise ne soit plus un marchepied dont on se sépare le cas échéant sous des prétextes mensongers ou fallacieux (...)
Excellence M. le président de la République, la société civile béninoise, une émanation du peuple manque de moyens pour se professionnaliser et pour mieux jouer les rôles cités plus haut. C’est pourquoi, malgré les difficultés d’actualité, la société civile nécessite un engagement effectif et une action soutenue de votre gouvernement. Il s’agit notamment de la dotation budgétaire à accorder aux différents comités de suivi installés au terme d’initiatives prises ou soutenues par votre gouvernement. Il s’agit de la mise en place d’une subvention pérenne pour l’appui institutionnel, le renforcement des capacités des Osc et l’exercice du contrôle citoyen de l’action publique. Il s’agit d’une plus franche collaboration entre la société civile et les différents départements ministériels. Il s’agit enfin de l’instauration et l’institutionnalisation d’un cadre de concertation périodique entre le gouvernement, la société civile et les partenaires techniques et financiers.
Au delà de ces préoccupations, chères aux Osc, nous voudrions excellence M. le président de la République, attirer votre bien aimable attention sur la nécessité de trouver des solutions idoines à certains dossiers qui ne cessent de créer la psychose au sein des populations et qui malheureusement ternissent l’image de notre démocratie chèrement acquise en février 1990. Je voudrais citer entre autres :
de la tension politique et sociale qui caractérise la vie publique et dont le point nodal reste aujourd’hui la problématique de la réalisation d’une Liste électorale permanente informatisée (Lépi) consensuelle et crédible
du risque de la montée du clivage ethnocentrique et du régionalisme qui fragilise les bases de la paix sociale dans notre pays
du recul en crescendo de la liberté de la presse béninoise dénoncé dans le rapport annuel de Reporters sans frontières
de la tension budgétaire qui met à mal les relations entre le pays et ses partenaires financiers quant à leur appui au budget 2010
de la persistance du mauvais climat de travail à l’Assemblée nationale du Bénin
de la persistance de l’insécurité à laquelle les populations sont exposées avec à la clé des pertes en vie humaine
Enfin du sentiment quasi général que la lutte contre la corruption n’a pas été effective.
Nous en voulons pour preuve l’affaire Cen-Sad que votre gouvernement a eu le mérite de mettre sur la place publique mais dont la clarification reste encore aux yeux de nos populations une nébuleuse ainsi que le sort à réserver au dossier de mécanisation agricole qui agite actuellement les esprits.
Excellence M. le président de la République,
Encore une fois, la société civile béninoise vous remercie pour votre détermination, vos actions pour l’émergence du Bénin. Merci M. le président d’accroître les efforts pour garantir la sécurité dans notre pays qui n’est toujours pas à l’abri des braquages en plein jour et en pleine rue. Tout le pays reste encore sous le choc des braquages intervenus ces dernières semaines dans le pays, notamment au marché Gbogbanou, à Fidjrossè, à Jonquet, à Bohicon, à Igolo ravivant de la sorte dans les esprits, le triste souvenir d’un 21 novembre 2008 où les populations ont eu le sentiment que nos forces de l’ordre n’ont pas pu résister comme il le faut dans le marché Dantokpa.
Merci M. le président d’accorder une attention particulière à l’organisation à bonne date et dans un climat de tolérance et de paix, des élections législatives et présidentielles de 2011 dont la base reste une Lépi consensuelle, issue d’un dialogue franc entre les différentes forces politiques en présence.
5-01-2010, Angelo DOSSOUMOU
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