Le chef de l’Etat a saisi l’opportunité d’une visite à Adja-Ouèrè ce week-end pour se faire accorder le pardon de l’homme d’affaires et président du Mouvement africain pour le développement et le progrès (Madep) Séfou Fagbohoun. Un geste de repentir qui, au-delà de la portée symbolique qu’on peut lui concéder, suscite des questionnements et semble confirmer les inquiétudes de ceux qui pensent que l’indépendance de la justice béninoise est bien un vœu pieux.
La justice béninoise incarne-t-elle véritablement un pouvoir indépendant ? Difficile de répondre par l’affirmative à cette interrogation après le dernier acte posé par le chef de l’Etat. Il s’agit du pardon demandé par le président de la République au président du Madep, Séfou Fagbohoun. Un acte de regrets qui vient après les nombreux et mémorables déboires judiciaires qui ont sérieusement et peut-être irréversiblement entaché l’image du très influent homme d’affaires du Plateau. Après les excuses de ce week-end, difficile de ne pas se questionner sur le bien fondé de ces démêlées avec la Justice. Au lendemain de son accession au pouvoir, le président Yayi Boni, auréolé de son tout nouveau manteau de président en croisade contre la corruption et engagé pour l’assainissement des Finances publiques, avait déclenché une offensive contre ceux qui étaient identifiés comme les prédateurs des deniers publics. Une croisade tous azimuts qui a vu beaucoup de proches de l’ancien régime pointés du doigt et laissés quasiment à la vindicte populaire (les premières accusations reposant beaucoup plus sur une campagne de délation médiatique que sur les conclusions d’une enquête formelle). Le président du Madep avait alors été soupçonné de délit d’initié et d’acte de corruption dans l’opération de rachat de la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop). Une procédure judiciaire au terme de laquelle Séfou Fagbohoun avait été privé de sa liberté avant d’être évacué sur la France pour raison d’état sanitaire dégradé. Le moins qu’on puisse dire est que le leader du Madep, devenu quelques mois plus tard député à l’Assemblée nationale est sorti très fragilisé de cette longue procédure. En se fondant sur le postulat selon lequel la Justice exerce en toute indépendance l’initiative des poursuites judiciaires, on est en droit de se demander le sens réel des excuses présentées par le chef de l’Etat au président du Madep. Quelle est la nature de l’offense que le chef de l’Etat a commise contre la personne du président ? Comment doit-on interpréter les regrets exprimés par un chef d’Etat à un justiciable dans un pays où le droit doit être dit en toute équité ? Ces interrogations, à défaut de confirmer les soupçons sur la dépendance de la justice béninoise, renforcent les inquiétudes sur les relations assez troubles entre les faits politiques et les décisions judiciaires.
Calixte Adiyéton
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